Et si on testait la réduction des déchets ? Le cas de l’éco-recharge.

Lorsque qu’un ami m’a envoyé des photos de l’éco-recharge Apta Ecologic, je suis tombée de ma chaise. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à croire que l’on puisse aller aussi loin dans la  mascarade écologique.

Mais si.

Allez, je vous emmène dans le monde merveilleux du greenwashing 😉

La marque Apta (Les Mousquetaires) propose un liquide vaisselle dit « écologique ».

La promesse :

Au travers de leurs gammes écologiques, les marques de la Sélection des Mousquetaires s’engagent à vos côtés, pour vous aider au quotidien à préserver votre environnement et celui de vos enfants.

Les gammes écologiques des marques de la sélection des mousquetaires allient efficacité et responsabilité, geste quotidien et geste citoyen.

Parce qu’être responsable n’implique pas forcément le sacrifice du plaisir et de l’efficacité, les produits développés vous garantissent une efficacité identique aux produits standards pour un impact écologique minimisé (production, transport, consommation, recyclage).

Source : http://www.intermarche.be/fr/nos-marques/developpement-durable

Le problème :

Aujourd’hui, je ne vais pas vous parler de leurs compositions mais de leurs emballages. Deux formats sont proposés : un flacon classique et une gourde de recharge, appelée éco-recharge.

Apta ecologic

C’est cette éco-recharge qui me pose problème.
Certes, les éco-recharges sont courantes de nos jours. Elles sont généralement plus économiques que le produit dans l’emballage originel. On en trouve notamment pour les savons liquides, lessives, adoucissants…

Mais alors qu’est-ce qui cloche avec cette éco-recharge ?

Et bien c’est ce qu’il y a d’écrit dessus ! Je vous laisse juger.

Apta ecologic

Avec la recharge de liquide vaisselle, Apta Ecologic, vous gagnez de la place et faites des économies, tout en contribuant à la réduction des déchets.

Juste à côté, il est pourtant bien marqué : à jeter avec les déchets.

Euuh… Si je comprends bien, on vous promet qu’en achetant cette recharge vous allez, gentil consommateur responsable, « contribuer à la réduction des déchets » alors même qu’elle n’est pas recyclable. Contrairement au flacon classique !
Pour bien enfoncer le clou, il y a même un joli picto « moins de déchets » qui, avouons-le, n’a aucun sens. Comment peut-on réduire les déchets avec un emballage non recyclable alors même que le modèle recyclable existe ? Ah, mais on ne réduit pas les déchets de la planète. On réduit la place des déchets dans la poubelle ! Je n’avais pas bien compris.

Catastrophée, j’ai voulu pousser mon investigation un peu plus loin et me renseigner sur ces fameuses éco-recharges. J’avoue, je ne suis pas consommatrice donc je ne me suis jamais vraiment posée la question. Je suis donc retournée en magasin pour voir ce qu’il y avait d’écrit sur les autres éco-recharges. Et il y a de tout.

Il y a d’abord les marques qui jouent l’effet écolo sans en faire de trop. L’accent est mis sur le fait que la recharge représente x% de plastique en moins que le flacon. Ok, c’est super mais ça ne la rend pas pour autant recyclable. Dommage !

eco recharge Labell

Eco recharge Labell

Eco recharge Dove

Il y a ceux qui ne disent rien.

Le petit marseillais recharge

Le petit marseillais recharge

Bref. Comme vous pouvez le constater, chez Apta, on fait les choses en grand au service marketing. Et après ça, on s’étonne que la profession véhicule une mauvaise image 🙁

Je n’en reste pas là. Je continue mon investigation, sur la toile cette fois-ci. Je tombe sur cette page de l’ADEME (agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) qui prône l’utilisation des éco-recharges.

Là encore, beaucoup d’incohérences. Au lieu de vous parler d’écologie, on vous donne, entre autre, comme argument : « moins encombrants dans le sac de courses« .

Quand on arrive à l’argument fatidique, voilà ce que cela donne :

Et en plus, en achetant des éco-recharges, je peux réduire mes déchets d’emballages !

Comment ?

> Quand je dois racheter du savon liquide, du gel douche, du shampoing, de la lessive, de l’eau de javel, du détergent … j’opte pour le format éco-recharge.

> Je regarde également si certaines denrées alimentaires sont proposées en éco-recharges : ça peut être le cas du sucre par exemple.

Déception et colère se mêlent en moi.  On est au niveau zéro de l’explication ! Voire même au niveau -1. Reprenons calmement l’explication : « En achetant des éco-recharges, je peux réduire mes déchets d’emballages. Comment ? J’opte pour les éco-recharges ». Ca n’a aucun sens. De plus, comme on le sait maintenant, elles sont NON RECYCLABLES.

Et le sucre en éco-recharge ??? Aïe, j’ai mal. Les paquets de sucre en papier sont pourtant nettement plus écologiques et économiques ! C’est quoi cette conspiration ? Tout cela commence à me faire peur.

Je file au rayon sucre.

Sucre Daddy

Un monde plus rose passe aussi par le recyclage, triez vos emballages !

Dixit l’industriel qui propose du sucre dans un emballage en plastique non recyclable tout en prônant le recyclage. Au secours !! Moi, je dis qu’un monde plus rose, ça passe avant tout par des industriels qui ne nous prennent pas pour des andouilles.

Mais soyez rassurés, l’ADEME et ses bons conseils sont là. Et ce n’est pas n’importe qui. C’est quand même l’opérateur de l’État pour accompagner la transition écologique et énergétique. C’est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) placé sous tutelle conjointe du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie et du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. »

Nous voilà bien…

Je décide de leur écrire pour avoir un complément d’informations sur ces fameuses éco-recharges et en particulier celles qui nous concernent ici. Peut-être n’ai-je rien compris. Je suis blonde après tout.

Nous contacter ADEME2

Réponse reçue le lendemain :

Vous avez contacté la « Cellule Information des Publics » de l’ADEME et nous vous en remercions.
Nous espérons que les éléments que nous vous adressons pourront vous être utiles.
Je vous invite à consulter le lien suivant :

http://www.ademe.fr/particuliers-eco-citoyens/achats/produits-dentretien

Cordialement,
La Cellule Information des Publics

J’apprécie la rapidité de réponse mais j’aurais préféré attendre un jour de plus et en avoir une plus personnalisée et surtout qui réponde à ma question. Non, les éléments ne me sont pas utiles 🙁 A ce stade là, que faire ? Un autre mail ?

Même pas peur !

Nous contacter ADEME éco-recharges

C’était le 23 novembre. Toujours pas de réponse…. Peut-être que cette fois-ci, ils prennent le temps de m’écrire une réponse plus personnalisée ? 🙂

A suivre.

Conclusion :

Il faut se résoudre à choisir entre la peste et le choléra. D’un côté, un emballage recyclable qui a nécessité en amont beaucoup de ressources pour être produit (pétrole, eau, électricité) et qui a émis beaucoup de CO2. De l’autre côté, un emballage qui a nécessité moins de ressources donc moins de CO2 mais qui finira enfoui dans nos sols et ne se dégradera que dans environ 400 ans. Choix difficile je dois dire. Et je ne vous ai pas parlé des gourdes du type Pom’Potes ! Je me garde un sujet à part entière pour un prochain article 😉
En ce qui concerne le cas Apta, le consommateur se fait clairement avoir. Il croit réduire la production de ses déchets (c’est la promesse écrite noir sur blanc) alors qu’en fait pas du tout. Vous reprendrez bien un peu de greenwashing ?

Alors que faire ?

Préférer la lessive en poudre dans son baril en carton recyclable et le bon vieux savon. Pour commencer, ce sera déjà bien 😉

Natalia.


Edit du 30/11/2015 :
  Toujours pas de réponse de l’ADEME. Comme c’est bizarre…
Et un petit passage chez Carrefour aujourd’hui me dit que l’éco-recharge a encore de beaux jours devant elle 🙁

2015-11-30-16.34.46

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14 réflexions sur “Et si on testait la réduction des déchets ? Le cas de l’éco-recharge.

  1. Jolichahut dit :

    Merci pour cet article hyper intéressant ! J’ai un peu peur avec vous par tant de bêtises Des industriels ! Perso après un article de que choisir, Je me suis mise au savon de Marseille pour remplacer la lessive … Dans le tambours. Pas d’emballage, moins de produits chimiques dans les canalisation et bon pour le budget. Bon il faut en faire des copeaux…. Le linge me semble propre à la sortie !

      • Nat dit :

        Bonsoir Natalia :o)
        Merci pour ce super article très bien documenté sur les éco recharges, j’avais déjà remarqué en me disant que l’on marchait sur la tête ! On retourne aux boites en carton au moins ça se recycle.
        Pour les noix de lavage, si je peux me permettre :o) Je me suis posée la question à un moment d’en acheter car c’est un bon produit, mais ça m’a posé un souci par rapport à l’impact du transport là aussi, parce qu’elles viennent de loin par rapport au savon de Marseille… Tout comme le savon d’Alep que j’utilisais.
        Mais le savon de Marseille on peut ne pas aimer l’odeur :o) Et il faut en trouver sans huile de palme aussi … Du vrai donc !
        C’est difficile de tout faire «  » »correctement » » » de façon cohérente pour rester en paix avec soi-même déjà :o)
        Bonne continuation !

        • Natalia dit :

          Merci pour le commentaire !
          Oui c’est parfois dur de faire le juste compromis. On veut toujours mieux faire, bien faire… Et chaque décision implique de réfléchir à l’ensemble des conséquences que cela implique de consommer 1 seule chose : comment elle est fabriquée, par qui, d’où elle vient, comment elle est conditionnée, quels composants/ingrédients… Faire ses courses aujourd’hui en mode responsable c’est un vrai sport !

  2. nonette dit :

    consternante constatation ! c’est vrai que la démarche 0 déchet est bien difficile. Je suis toujours inquiète de devoir jeter ma brosse a dents ET le tube de dentifrice avec les déchets classiques…combien de millions de milliard… nous sommes définitivement trop nombreux et trop insousciants

    • Natalia dit :

      Eh oui…
      J’ai lu hier que grâce aux inventeurs hyper intelligents des sacs plastique qui se dégradent en petites paillettes dans la nature (mais ne sont pas biodégradables pour autant) on avait maintenant du plastique dans le miel. La bêtise est sans fin 🙁

  3. GreenerDaddy dit :

    Excellente démonstration ! Merci
    La solution ultime : trouver ces lessives en vrac ou les faire soi-même 😉 On y est presque !

    Pour les compotes de gourdes, il y a TerraCycle qui les récupère pour les recycler, c’est déjà ca en attendant …

    • Natalia dit :

      Merci 😉
      Lessive en vrac : même à 9km de Paris, on n’a pas ça autour de chez nous 🙁
      La fabriquer soi-même : c’est dans mes top priorités ! Ceci dit, si déjà on n’achetait plus les lessives en bidon ou éco-recharge ça serait déjà un grand pas.
      Pour TerraCycle… si j’ai tout compris ils ne récupèrent les gourdes vides qu’à des points de collecte. Donc il faut encore compter sur un point de collecte proche de chez soi ce qui n’est pas le cas pour la majorité de la population (nous en faisons partie). Les gourdes sont ensuite envoyées en…Angleterre où elles sont traitées. Donc au jour d’aujourd’hui, pas de vraie solution accessible à tous et surtout qui traite les déchets localement 🙁 snif

      • Nat dit :

        Coucou Natalia 🙂 Merci pour ta réponse c’est gentil ! Pour le vrac il semble y avoir « pleins » d’endroits à Paris (sucre, lessive …) si tu y vas de temps en temps tu peux peut être en profiter pour faire d’une pierre 2 coups Sinon si tu as une cheminée ou même un bbq tu peux en récolter la cendre et faire de la lessive : elle est très efficace, c’est ce que je faisais quand j’en avais une de cheminée. Pour les tâches rebelles le savon noir est très efficace , un peu sur la tâche et hop dan la machine. Belle journée !

        • Natalia dit :

          Justement, je ne vais pas sur Paris souvent et autour de chez moi c’est vrai le désert du vrac :/ Et je n’ai ni cheminée ni bbq. Mais j’ai lu plein de choses sur cette lessive à la cendre alors je vais surement demander à mes beaux parents de m’en ramener 😉 Merci pour tes bons conseils 🙂

  4. Des Miettes Dans Mon Clavier dit :

    Rah la la… L’eco recharge, le greenwashing et les produits chimiques !!!!!!
    Je bouillonne de rage quand je vois ça dans les rayons !!
    Surtout quand on voit ma sucre emballé dans la même poche que la lessive !! Lol
    Ça donne envie non !?! XD
    S’agit de pas s’tromper au moment de faire un gâteau !! ^^

  5. la Fourmi Elé dit :

    Je pensais faire mieux en passant à ces emballages « plus légers » il y a quelques années mais depuis le début de l’année j’achète le plus possible de produits en vrac et j’ai du mal à revenir en arrière même avec ces « éco-recharges » !
    Le mieux étant encore de réduire ses emballages et sacs plastiques , moins en en achète, moins on en jette !! même si ce n’est pas toujours facile.

    • Natalia dit :

      C’est sûr ! Le plastique c’est maaaaaal 😉 Bon courage en tout cas difficile de changer ses habitudes ! En vous souhaitant une belle année 2016 avec le moins de plastique possible 😉

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